Démarche

Démarche artistique

Dans ma pratique sculpturale récente, je questionne la notion de seuil entre présence et représentation à travers la production d’objets qui, à divers degrés, mettent en tension la matérialité et l’immatérialité. Centré sur l’objet et la matière, l’enjeu crucial de ma recherche consiste à faire de l’objet sculptural le lieu d’une négociation entre son aptitude à représenter le réel, d’une part, et à signifier son propre champ sémantique, d’autre part. En référence aux spécificités des médiums artistiques, définies par les théories modernistes et minimalistes, j’opère un transfert formel des spécificités d’un médium vers l’autre dans une optique dialogique. Utilisant des stratégies de la peinture et du dessin, je les applique à mes sculptures avec la volonté d’affirmer et de nier, tour à tour, les spécificités respectives de chacun des médiums quant à leurs rapports, soit à la représentation, soit à la présence simple. Un tel déplacement de sens permet de questionner la culture préalable du spectateur, en le mettant en contact avec un objet d’art décalé face à ses attentes. Au final, le jeu que je propose sur les codes de la représentation modernistes et minimalistes se veut également un regard interrogateur, parfois irrévérencieux, posé sur une certaine orthodoxie théorique propre au champ de l’art.

En Contexte

Devant « Regard sur le Mont-Ventoux », le regardeur est convié à la contemplation d’un paysage qui n’en est pas un : la forme de l’objet fait allusion à une montagne, mais la composition de la surface de l’objet présente sa matière et sa couleur; il y a là une rupture entre ce qui est anticipé et l’objet rencontré. Le garde fou qui est normalement posé en galerie pour mettre le regardeur à distance fait partie de l’œuvre et crée un décalage supplémentaire : ce qui nous contraint d’ordinaire à garder une certaine distance avec l’œuvre, nous impose directement un contact avec elle. Par un procédé similaire, le regardeur est appelé à monter sur « Montagne ». Ce haut-relief est lui aussi une sorte de détournement des visées théoriques des peintres-paysagistes modernes, le regardeur se retrouvant à la fois dans le paysage proposé et sur la matière même de l’œuvre. Cette double situation d’identification au paysage et de distanciation du paysage par observation de la matière (les constituants de l’œuvre) est ce lieu où l’aporie opère.